Entrevue : Un wobbly de Montréal au Rojava

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Alors qu’on entend beaucoup parlé de la guerre en Syrie et en Irak depuis quelques années dans les médias et plus particulièrement, dans les derniers jours, de la reprise de la ville d’Alep par le régime de Bachar el-Assad, Dure Réalité a cru bon remettre quelques pendules à l’heure en interviewant un montréalais qui a décidé de mettre l’épaule à la roue au Kurdistan syrien. Syndicaliste révolutionnaire, membre de l’IWW-Montréal, anarchiste et antifasciste de longue date, G. a décidé d’aller soutenir concrètement la révolution kurde au Rojava.

Sur place, nombreux sont les belligérants : Le gouvernement syrien, les groupes rebelles, l’État islamique, le gouvernement irakien, la Turquie, la Russie, l’Iran, l’Europe, les États-Unis et même le Canada essaient de tirer la couverte de leur bord. Dans ce chaos, un groupe tire son épingle du jeu, il s’agit des Kurdes du Rojava qui ont décidé de s’organiser autrement et de faire émerger une révolution sociale, basée sur des idées communistes et anarchistes, à partir du chaos ambiant. Entrevue de fond sur le thème de la révolution kurde

Salut! Qu’est-ce qui t’a poussé à quitter tout, emploi, appartement, métier pour aller combattre aux côtés des YPG (Unités de protection du peuple) ?

J’ai tout quitté principalement pour la révolution en cours la bas. Combattre DAECH (État islamique) est important, mais ce n’est pas ma principale motivation. La révolution que les Kurdes ont débutée est basée principalement sur trois principes : le féminisme, la démocratie directe et l’écologie. C’est effectivement une révolution anarchiste. On peut comparer cela a la Révolution espagnole de 1936, mais dans un contexte bien plus complexe, avec les différents fronts et les alliances qui changent constamment. Je suis anarchiste depuis plus de 10 ans et je me suis toujours dit que si j’avais vécu en 1936, j’aurais été combattre en Espagne, c’était donc naturel pour moi de venir au Rojava et joindre les YPG/J.

Comment as-tu organisé ton départ?

ypg4J’ai commencé par m’informer le plus possible pour être certain de mon choix. Une fois décidé, j’ai travaillé sans prendre de vacances pendant environ un an et demi pour avoir l’esprit tranquille là-bas. J’avais en effet des dettes d’études a régler et j’avais évidemment besoin d’argent pour me rendre jusqu’ici. C’est à nos frais et nous sommes bénévoles ici. Je me suis aussi renseigné sur les conséquences possibles. Finalement, pour un Canadien, c’est entièrement légal, tant qu’on respecte la Convention de Genève (on pourrait dire que c’est la loi sur les guerres pour les pays signataires). J’ai aussi dû avisé la GRC pour être certain de ne pas être pris à tort pour un combattant de DAECH. La partie la plus difficile a été de contacter une organisation pouvant me faire rentrer au Rojava, ce qui m’a pris plusieurs mois. J’ai finalement contacté le YPG International qui était nouveau et à partir de là, c’a été simple et très rapide, moins de 3 semaines. En plus de ces démarches, j’ai étudié un peu la langue kurde (kurmanji), je me suis entraîné physiquement et j’ai préparé mes papiers légaux. Je devais m’assurer que quelqu’un puisse s’occuper de la paperasse normale… Impôts, correspondances, etc. Je voulais tout laisser en ordre au Canada pour avoir l’esprit tranquille ici et ne pas avoir pleins de trucs à régler dès mon retour. Si c’était à refaire, j’ajouterais l’achat de trucs divers et peu encombrants : lunettes de visée, kit de couture pour réparer mon matériel, kit de nettoyage de fusil, bon couteau, gants, trousse médicale militaire et de survie, etc.

Le Kurdistan, c’est quoi exactement? C’est quoi ça, YPG/YPJ?

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Le Kurdistan est la région où, historiquement, il y a beaucoup de Kurdes, mais pas que. Elle est divisée entre 4 sous-régions : Kurdistan turque, irakien, iranien et syrien (respectivement Bakûr, Basûr, Rojilat et Rojava pour nord, sud, est et ouest). Seule la partie irakienne a une reconnaissance, donc une autonomie politique. Je ne connais pas trop la situation en Iran, mais c’est actuellement la guerre entre les Kurdes et le gouvernement. En Irak, les peshmerga sont alliés, faute de choix, au gouvernement contre DAECH. En Turquie, le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) est en guerre contre le gouvernement depuis une trentaine d’années. Ils sont aussi opposés à DAECH alors que la Turquie a grandement aidé l’État islamique. Et Rojava, Kurdistan syrien. Les relation entre les YPG/J et le gouvernement de Bachar el-Assad sont tendus, mais généralement, ils ne combattent pas un contre l’autre. Je dis bien généralement, ça arrive et c’est pas toujours doux. Pour l’instant, le gouvernement a surtout subit de cuisantes défaites. Je n’aborderai pas plus l’histoire du Kurdistan car celle-ci est très complexe.

ypgLes YPG/YPJ, ce sont les Unités de protection du peuple / des femmes. En kurde : Yekîneyên Parastina Gel/Jin. Elles ont été créée en 2004, dans la clandestinité, suite à un massacre par le régime d’el-Assad, qui est aussi l’un des différents protagonistes ici. Leur création avait pour but d’assurer la défense des Kurdes en Syrie en cas de nécessité, comme cela a souvent été le cas. Finalement, lorsque DAECH a commencé à envahir le territoire kurde et que le régime s’est sauvé de ces zones en leur laissant le champ libre, elles sont sorties de la clandestinité et ont commencé à combattre les djihadistes de l’État islamique. La première réelle défaite de DAECH fut imposée principalement par les YPG/J à Kobané, c’est ce qui a permis de détruire le mythe d’invincibilité qui entourait le groupe djihadiste et de stopper son avance un peu partout en montrant qu’il était possible de les vaincre, même avec une armée irrégulière. Le siège de Kobané a été un combat acharné de 3 mois. Au final, il ne restait que 150 mètres de terrain et environ 150 combattants/combattantes lorsque DAECH a commencé à reculer. Cette victoire a tout changé, aujourd’hui DAECH ne serait assurément pas à la veille de la défaite si ce n’était pas des YPG/J. Actuellement, c’est la principale armée du Rojava, l’armée révolutionnaire. Elle est l’instigatrice et membre principale des FDS (Forces démocratiques syriennes), un regroupement de forces locales pour défendre la révolution syrienne.

Comment s’est passée ton arrivée et comment as-tu été intégré à une unité?

En arrivant sur place, on a une formation d’un mois à l’académie pour les volontaires internationaux. On a des cours de kurde, idéologiques (féminisme particulièrement), d’histoire et militaires. À l’académie, on se familiarise aussi avec la vie en tabur (unité) : fonctionnement pour les repas, la garde, l’horaire, entrainement, etc. Par la suite, pour l’intégration à une unité, c’est un peu selon nos préférences et selon le genre de front sur lequel on veut combattre.

Que peux-tu nous dire sur la révolution kurde? Comment ça se passe sur le terrain au quotidien?

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La révolution est basée sur trois valeurs principales : démocratie directe, écologie et égalité pour tous et toutes.

Pour le monde civil, c’est difficile à dire par rapport à mes observations directes car je n’ai eu que très peu de contact avec la vie à l’extérieur des unités de combat. Cependant, le peu que j’ai pu observer est impressionnant. Par exemple, je suis allé à l’hôpital et les soins reçus étaient supérieurs à ceux que j’aurais reçus au Québec. Tous semblaient recevoir la même qualité de soins, sans traitement de faveur parce que j’étais de l’étranger. Très rapide, en une heure c’était terminé et j’ai eu des radiographies dans ce laps de temps. Le diagnostique était l’un des plus précis que j’ai reçu et clairement le meilleur sur le traitement à suivre. En quelques jours, déjà beaucoup de progrès… Et tout ça en pleine guerre et sous embargo.

Sinon, ce que les gens en dehors de l’armée m’ont dit avoir observés, ce sont des progrès énormes du côté de l’organisation de la vie civile. Il y a deux formes de « gouvernement » actuellement. Un sous forme de comités décentralisés dont les décisions proviennent de la base, clairement anarchiste, et l’autre sous la forme d’un gouvernement élu. Ce gouvernement s’occupe des trucs que les comités n’ont pas été en mesure de prendre en charge pour l’instant, généralement ceux qui demande une grosse infrastructure. Peu à peu, des secteurs de la vie civile sont transférés du gouvernement aux comités et ça semble se faire assez rapidement, considérant le contexte. La justice, par exemple, est entre les mains des comités. Selon ce que j’ai entendu, le gouvernement est considéré comme un mal nécessaire temporaire et les comités sont très respectés. Nos profs d’histoire, internationaux, venaient des comités et disaient que ça marchait très bien.

Pour le militaire, ça dépend vraiment de l’unité dans laquelle tu es et/ou l’endroit où tu es situé. Dans mon cas, pour mes deux premiers mois, ç’a été de l’attente presque constamment. Dans d’autres unités, il y a souvent de la formation lorsque l’on n’est pas déployé. Certaines unités sont en défense et d’autres, à l’attaque. Au quotidien, on fait beaucoup de garde, on prépare la bouffe, on entretient le camps, ce genre de trucs et le reste du temps, c’est de l’attente et la protection des entourages immédiats. Derrière les fronts, la sécurité est faite principalement par les asayis, c’est ce qui se rapproche le plus de la police. Leur rôle principal, en fait, ce n’est presque juste cela, c’est la protection contre DAECH (attentats-suicides la plupart du temps) et les puissances étrangères le temps que les YPG/J arrivent sur place. La volonté est qu’à terme, tous aient reçu une formation militaire et qu’il n’y ait plus de professionnels dans les asayis. Pour DAECH, cette protection est encore nécessaire, on est à 30 ou 40 km du front et en quelques semaines, un mec de DAECH a tenté de forcer un barrage d’asayis (il a été neutralisé par une unité d’armes lourdes YPG/J qui l’a rattrapé) et deux attentats-suicides à la voiture explosive ont eu lieu en une journée dans la ville à 1 km de notre base. Grâce aux asayis, il n’y a eu aucun mort selon ce que j’en sais, sauf les deux conducteurs évidemment. Ils ont un rôle clairement différent de celui de notre police. Par exemple, pour régler les conflits, ils interviennent souvent avec des civils respectés pour calmer la situation.

ypjLes problèmes maintenant… Il faut comprendre qu’avant la révolution, Rojava était la région du Kurdistan la plus conservatrice, surtout en dehors des villes. Crimes d’honneur, polygamie pour les hommes, mariages forcés y étaient monnaie courante. C’est maintenant illégal, mais ça se produit encore. Les femmes, pour la plupart, ont le choix entre se marier et rester à la maison ou joindre les YPJ. Aussi, le sexisme est mal vu publiquement, mais le féminisme est loin d’être acquis pour les individus. Beaucoup de progrès restent à faire, mais c’est de changer les mentalités qui est le plus long. Au moins, les femmes ont maintenant les moyens de se défendre avec les YPJ et la parité à toutes les instances. Publiquement, c’est acquis. Aussi, un homme ne peut pas donner un ordre a une femme dans les YPG/J.

Sinon, pour l’écologie, je ne sais pas comment ça se passe dans le civil, mais dans l’armée, tout est à faire. C’est cependant presque impossible vu les conditions actuelles dues à la guerre et l’embargo.

Beaucoup de militants et militantes antifascistes combattent au Rojava. Quels liens fais-tu entre la lutte antifasciste en Occident (ou au Canada) et le combat révolutionnaire kurde?

Antifa ActionDAECH est sûrement la forme la plus extrémiste du fascisme de l’histoire moderne, ce n’est donc pas étonnant que beaucoup d’antifascistes viennent joindre la lutte. Et puis, dans la région, ce n’est pas les fachos qui manquent, entre DAECH, le régime d’el-Assad qui a fait des Kurdes syriens des sans-papiers en leur enlevant leur identité (pas de passeport, etc.) par exemple, les rebelles qui sont principalement formés de fronts islamistes, juste moins brutaux que DAECH et la Turquie qui veut l’anéantissement des Kurdes. Et là, je ne parle que des Kurdes, mais la situation est très semblable, maintenant ou historiquement, pour les autres peuples minoritaires de Syrie : Arméniens, Assyriens, Turkmènes, Yézidis, etc. Tous les pays, ici, tentent plus ou moins fortement de les exterminer/assimiler. Le racisme et la haine religieuse sont plus qu’ambiants dans la région. La dictature ouverte et brutale est, pas mal, la seule sorte de gouvernement officiel aussi. Rojava incarne une opposition à tout cela et une solution possible pour la région, mais aussi un exemple pour le monde entier : si ça fonctionne dans la région la plus chaotique du monde, je ne vois pas pourquoi ça ne marcherait pas ailleurs.

D’ailleurs un tabur (unité) clairement affiché antifasciste est en cours de création et devrait être sur pied d’ici 2 ou 3 semaines.

Tu étais (est) un membre de l’IWW-Montréal. Quel(s) lien(s) fais-tu entre ton engagement au Rojava et le militantisme syndicaliste révolutionnaire?

Pour commencer, j’aimerais souligner qu’un membre de l’IWW est mort récemment au Rojava, lorsqu’un avion de l’armée turque a bombardé sa position. J’ai perdu deux amis lors de ce bombardement. Robîn (Michael Israel) était membre de l’IWW et était l’un des fondateurs de la branche de Sacramento du syndicat.

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Considérant que la forme économique mise de l’avant au Rojava est la mise sur pied de coopératives et la collectivisation des moyens de production, je n’y vois qu’une continuité. J’ai choisi de venir ici, car j’y voyais le plus grand espoir révolutionnaire et qu’il était nécessaire pour moi de venir défendre Rojava à la mesure de mes moyens. La révolution en cours, ici, vise des buts très semblables à ceux de l’IWW, si ce n’est pas les mêmes. Rojava et l’IWW sont, selon moi, des alliés naturels et j’espère bien que des liens se développeront entre les deux. Actuellement, c’est assez difficile vu le travail immédiat à faire, mais réaliste à court/moyen terme, selon comment la situation évolue.

Donald Trump vient tout juste d’être élu président des États-Unis. Cela risque-t-il d’affecter la révolution? De quelle façon?

Oui, cela risque de (va?) nous affecter. Comment? Je ne sais pas encore. Cette question est très liée à la suivante. Trump a déclaré qu’il aiderait maintenant el-Assad. Loin d’être notre allié, nous ne sommes toutefois pas en guerre ouverte avec lui. Là, ça peut aller dans n’importe quel sens :
1- Le régime d’el-Assad décide de vouloir reprendre le Rojava et ses territoires alliés autonomes : la guerre éclate sans couverture aérienne américaine.
2- Le régime d’el-Assad déclare la guerre à la Turquie pour avoir violé sont territoire en attaquant le Rojava. Le régime d’el-Assad a déjà déclaré qu’il s’agissait d’une violation de territoire.

Deux situations extrêmes totalement opposées, on n’a aucune idée de ce que ça va donner ici, mais ça place les États-Unis en bonne position à l’international pour bloquer la Turquie qui n’est alliée que sur papier.

Ça brasse beaucoup en Turquie avec Erdoğan qui attaque constamment la communauté kurde. Que peux-tu nous dire là-dessus?

Comme je l’ai mentionné plus tôt, l’armée turque a bombardé une position YPG/J le 24 novembre dernier, tuant plusieurs combattants, dont heval Zana Ciwan (Anton Leschek) et heval Robîn Agîri (Michael Israel), deux personnes que j’ai connues à l’académie, heval Zana ayant suivi sa formation en même temps que moi. Le premier était allemand et le deuxième, américain. Ils étaient deux anarchistes supers et très motivés. Ils ont été assassinés par un régime fasciste alors qu’ils tentaient de garder fermé le dernier couloir d’approvisionnement de DAECH vers la Turquie.

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Recep Tayyip Erdoğan, président de la Turquie

Donc, le problème est évidemment présent ici aussi. Le régime fasciste d’Erdoğan est la plus grande opposition au Rojava actuellement. Le Rojava s’étend sur toute la frontière terrestre sud de la Turquie. Un des premiers buts militaires des YPG/J est de joindre les 3 cantons du Rojava, ce que la Turquie cherche à éviter à tout prix. Elle considère déjà les YPG/J comme terroristes. Il y a quelques semaines, une française d’origine kurde, qui a combattu pour les YPJ, a été arrêtée en Turquie lors de son trajet de retour en France et condamnée à 5 ans de prison. Tout ça, au final, pour avoir combattu DAECH… Il y a quelques jours, deux Tchèques on été arrêtés dans le même contexte et pour les mêmes raisons.

Pour la Turquie fasciste rêvant de recréer l’Empire ottoman, Rojava incarne tout ce qu’elle déteste. Elle a donc grandement aidé DAECH de maintes façons : fourniture d’armes, achat des ressources que DAECH vendait, principalement le pétrole. Elle a également servie de point d’entrée pour les gens qui joignaient l’État islamique, ainsi que de point de sortie pour les combattants blessés du « califat » (des médecins ont témoigné avoir dû soigner des combattants de DAECH qui avaient encore une ceinture explosive). La Turquie est donc responsable d’avoir financé et, en partie, d’avoir armé DAECH, ou du moins de lui avoir permis de se procurer des armes. Tout cela en bloquant toutes ressources pour le Rojava, sachant que c’est la principale opposition à l’État islamique. Les YPG/J avaient fermé le corridor liant la Turquie à DAECH, quelques jours après, la Turquie envahissait la Syrie et reprenait ce terrain, ce n’est pas un hasard. La supposée guerre contre DAECH de la Turquie est, dans les faits, une guerre contre le Rojava et les Kurdes, elle bombarde fréquemment les villes de notre côté de la frontière.

La coalition internationale contre DAECH est formée d’une bonne partie de l’OTAN, Turquie incluse. Deuxième plus grande armée de l’OTAN, elle est pourtant la plus grande alliée de DAECH. Si cette coalition était sincère, elle débarquerait en Turquie, arrêterait Erdoğan et lui ferait subir un procès pour crimes contre l’humanité dont même Hitler serait jaloux et ça, c’est pas un point Goldwin! Le Troisième Reich peut aller se rhabiller si on compare avec ce que la Turquie et DAECH ont fait et ce n’est malheureusement pas fini. Pourtant, à l’international, c’est le PKK qui est considéré comme terroriste et la Turquie qui est membre de l’OTAN… Sur presque toutes les offensives contre DAECH, des organisations considérées comme terroristes par la Turquie y étaient, sans rien demander en retour. Erdoğan a carrément déclaré par le passé que la principale menace terroriste n’était pas DAECH, mais les groupes kurdes. La Turquie ne se contente pas de bombarder sur son territoire ou en Syrie, mais en Irak aussi. On commence l’opération pour reprendre Raqqa, capitale de l’État islamique, et pourtant, cette ville ne fait pas partie du Rojava et on n’en gardera pas le contrôle. Pour les besoins de cette bataille, les YPG/J ne recevront pas d’armes de la part de la coalition car Erdoğan s’y oppose. Qui est terroriste ici?

Maintenant que DAECH est en déroute, la Turquie s’est pleinement tournée vers les rebelles sois-disant modérés, mais bien à l’aise avec les armes chimiques et l’utilisation de l’artillerie sur des cibles civiles, particulièrement les hôpitaux. Lorsque les rebelles nous attaquent, c’est aussi la Turquie qui le fait de manière interposée.

Je tiens a préciser que lorsque je parle de la Turquie, je ne vise aucunement ses citoyens qui sont aux prises avec une dictature militaire.

On parle beaucoup actuellement d’une vaste offensive sur Mossoul et sur Raqqa. Que peux-tu nous dire là-dessus?

On n’en parle moins, mais il y a aussi Al Bab. Pour Raqqa, capitale de DAECH, ce sont les Forces démocratiques syriennes (FDS) aidées par l’aviation de la coalition qui s’en chargent.

Al Bab : des fronts du Rojava et des rebelles foncent vers cette ville pour la reprendre à DAECH, c’est une course entre les deux. Pour le Rojava, cela unirait les cantons.

Pour Mossoul, deuxième plus grande ville d’Irak, les forces kurdes irakiennes (Peshmerga) et l’armée irakienne forment la majeure partie de l’offensive. Une multitude d’autres groupes y participent également selon ce que j’en sais.

Il y a aussi le front de Sinjar. DAECH a attaqué sur ce front dernièrement, on a dû envoyer des renforts là-bas, mais je n’ai pas plus d’informations. Peut-être qu’on avance contre DAECH là aussi.

Au final, en perdant ces trois villes, l’État islamique est virtuellement anéantie. Il ne leur restera que Deir ez-Zor comme grande ville, pleins de villages et un grand territoire désert, donc pas beaucoup d’opposition. Cependant, c’est un bon trois mois de combats de prévu pour Raqqa, par exemple. C’est là où je risque d’aller.

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Manifestation en soutien à Kobané, le 12 octobre 2014, à Montréal.

Que dirais-tu à un Canadien ou une Canadienne qui désire être solidaire de la révolution kurde?

Si la personne est motivée à venir ici, je lui dirais de se préparer comme il faut. Primordial de discuter avec quelqu’un sur place ou qui l’était il y a peu, je crois, et ne pas s’attendre a une partie de plaisir, bien au contraire. Notre quotidien varie entre deux situations : super chargé, peu de sommeil ou juste de l’attente et c’est très, très long. Cependant, après les fronts actuels, je n’ai aucune idée si nous aurons besoin de combattants/combattantes et c’est assez compliqué de rentrer dans la région pour le service civil.

Sinon, de l’étranger, l’aide est aussi grandement nécessaire. Propagande : les gens ont entendu parler du Rojava pour la lutte contre DAECH, mais pas pour la révolution en cours. Il faut que les gens sachent ce qu’est la révolution ici, et comment agit la Turquie. Il faut tout faire pour éviter que la coalition internationale ne nous tourne le dos complètement. Des manifestations devant les consulats ou ambassades turcs, ce serait bien aussi, question d’attirer l’attention des médias sur les merdes que la Turquie fait. Il y a le PKK aussi : il est considéré comme terroriste au Canada, mais ce que je vois ici, c’est qu’il se bat contre un régime fasciste qui aide DAECH ainsi que les rebelles et qui a une passion pour les génocides et crimes contre l’humanité. Je n’ai pas de liens avec le PKK ici, mais les Kurdes en parlent évidemment beaucoup, donc ça me permet de me renseigner assez bien sur le sujet.

Comment vois-tu l’avenir?

Difficile à dire, vu la complexité de la situation ici et la multitude d’ennemis, mais quand tu vois les combattants/combattantes des YPG/J, tu te demandes vraiment qu’est-ce qui peut venir à bout d’une telle armée… Puis la situation du côté civil semble avancer assez bien. Le plus gros défi, à moyen terme, c’est la Turquie, mais en 30 ans, ils n’ont pas réussi à éliminer le PKK. Le problème est qu’ici, ils peuvent bombarder les villes, on n’est pas caché dans les montagnes. J’espère qu’on n’en arrivera pas là, grâce aux supporteurs a l’international qui peuvent forcer leur gouvernement à empêcher ce type de frappes aériennes.

Un mot de la fin?

Une dernière pensée pour mes deux premiers amis tombés au combat, heval Zana et heval Robîn.

Ici les gens ont les armes à la main, mais ils comptent sur vous pour le support à l’international, c’est plus que nécessaire.

Serkerftin! (Victoire)

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Propos recueillis par Éric Sédition

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