Entrevue : l’histoire des Noir-e-s avec Webster

Webster

Pour le mois de février, qui est également le Mois de l’Histoire des Noir-e-s, nous avons décidé de vous préparer une petite entrevue avec l’un des porte-paroles de cet événement annuel : Webster, rappeur conscient et enseignant d’histoire de la ville de Québec. Nous lui avons posé quelques questions sur l’histoire des Noir-e-s, le hip-hop et le racisme. Enjoy!

Qu’est-ce qui t’a poussé à t’impliquer dans le Mois de l’Histoire des Noir-e-s? Quel est l’enjeu qui t’interpelle le plus?

C’est un grand honneur pour moi que l’on me demande de jouer le rôle de porte-parole pour la 25e édition du Mois de l’Histoire des Noirs à Montréal. Cette histoire méconnue d’une grande majorité de la population m’a toujours fasciné; depuis plusieurs années, j’ai écrit des chansons, monter une conférence ainsi qu’un tour guidé de la ville de Québec à ce sujet. Il était donc tout naturel pour moi d’accepter et de remplir ces fonctions au mieux de mes capacités. L’enjeu qui m’interpelle le plus est une relecture inclusive de notre histoire afin que l’esclavage des Noirs et des Amérindiens soient des faits connus de la population.

On connaît peu l’histoire des Noir-e-s au Québec, peux-tu nous donner quelques exemples de moments qui te semble marquants?

Il y en a plusieurs. Trois en particuliers sont significatifs:

* En 1629, c’est l’arrivée d’Olivier Lejeune, le premier esclaves répertorié au Canada et le premier résident africain de la ville de Québec. Il est arrivé lors du siège des frères Kirke et a été vendu à Guillaume Couillard, le premier colon français. Olivier Lejeune sera aussi l’un des premiers étudiants de toute l’histoire académique canadienne car il étudiera avec le père jésuite Paul Lejeune (de qui il tiendra son nom lors de son baptême en 1634).

* De 1733 à 1743, le bourreau de la Nouvelle-France était un esclave martiniquais du nom de Mathieu Léveillé. Puisqu’à cette époque personne ne voulait accomplir cette tâche, les autorités décideront d’acheter un esclave dans les Antilles françaises. Sa première exécution sera Marie-Josèphe-Angélique, l’esclave noire accusée d’avoir mis le feu à Montréal en 1734.

* Dans les années 1830, un commerçant du nom d’Alexander Grant deviendra le premier activiste noir du Bas-Canada en rasemblant quelques membres de la communauté noire et en lui donnant le sentiment d’une existence commune. C’est à l’époque de l’abolition de Webster2l’esclavage dans l’Empire britannique en 1833-34.

Tu as déjà pris position contre les groupuscules néo-nazis actifs dans la région de Québec, Quel lien fais-tu entre la défense de la communauté afro-québécoise et l’antifascisme?

Le néo-fascisme est l’ennemi de la diversité et de l’inclusion; c’est une manière ethnocentrique et archaïque de voir la société. Au-delà de la communauté afro-québécoise, c’est tout le concept de la modernité et de l’évolution humaine et sociale qui est mis à mal par ces groupuscules.

On se souvient de ta chanson SPVQ qui traite du profilage racial effectué par la police. Ces dernières années ont également été marquées par le mouvement Black Lives Matter. Comment analyses-tu l’état des relations entre la police et la communauté noire?

Les relations entre les communautés noires et les services de police québécois sont biens différentes de celles aux États-Unis. Tout de même, nous avons été au prise avec des problèmes de profilage racial bien ancrés dans les agissements de la police, surtout celle de Québec. L’amalgame était beaucoup trop facile entre hip-hop, Noirs et gangs de rue; bien des gens ont subi différentes formes de harcèlement, allant de la simple filature à l’arrestation arbitraire en passant par les demandes incessantes d’identification. C’est ce que je dénonce dans la chanson SPVQ.

Quel lien fais-tu entre le hip-hop et l’histoire des Noir-e-s.

Le hip-hop fait partie intégrante de l’histoire noire; d’abord afro-américaine et, très rapidement, mondiale. Le hip-hop est le digne héritier des courants musicaux noirs américains du 20e siècle que sont le blues, le jazz, le soul et le funk. Ce style de musique, d’abord identifié à la communauté noire est maintenant universel et est apprécié par tous, quelque soit la couleur de peau ou la classe sociale.

Les Black Panthers ont marqué l’histoire des Noir-e-s aux États-Unis. Selon toi, ont-ils et ont-elles eu une influence sur le mouvement hip-hop, si oui laquelle?

Je crois que les Black Panthers ont influencé le hip-hop de différentes manières. D’abord parce que cette organisation a appliqué dans la rue les concepts d’auto-défense de Malcolm X et que ces idées ont résonné jusque dans le hip-hop des années 90. Un exemple direct de cette filiation est le fait que la mère de Tupac Shakur était membre du Black Panther Party et on peut le ressentir dans le discours de cet artiste légendaire. Une certaine influence indirecte qu’a eue cette organisation sur le hip-hop est qu’à la suite de la guerre que le FBI lui a livré avec le programme COINTELPRO, le vide structurel et organisationnel laissé par les Black Panthers dans les rues des ghettos de Los Angeles a été rempli par les premiers gangs de rue, Crips et Bloods qui, quelques années plus tard, auront une grande influence sur le gangsta rap de la côte ouest.

BPP

On associe souvent la lutte contre les discriminations racistes à celle contre les discriminations sexistes qui ont des fondements relativement semblables. Quelle est ton analyse sur la présence du racisme, du sexisme ou de l’homophobie dans le hip-hop.

Ça dépend toujours de quel hip-hop on parle, celui commercial et capitaliste à outrance ou le mouvement littéraire et revendicateur. Bien sûr, le premier, basé sur le matérialisme et la consommation (drogue, argent, sexe, voitures, bijoux, etc… vous connaissez déjà…) porte l’empreinte de l’ignorance et, ainsi, traduira tous les “-isme” et les “-obie” (sexisme, homophobie, etc). Le mouvement littéraire, pour sa part, est conscient de sa place dans la société et de la diversité humaine. Même s’ils font partie d’un même arbre, ce sont des branches très différentes dont les fruits n’ont pas le même goût.

As-tu des nouveaux projets musicaux à venir?

Je n’ai pas vraiment de projets musicaux à venir, je travaille sur plusieurs projets dont les Tours Qc History X, des visites guidées à propos de l’esclavage et de la présence des Noirs dans la ville de Québec.

Récemment, dans la foulée d’une controverse entourant la pratique du blackface, tu as participé à l’émission Tout le monde en parle. Si tu avais déjà des critiques face à la représentation des Noir-e-s dans l’espace médiatique québécois, qu’as-tu pensé deWebster tlmep cette entrevue et de la façon dont elle a été menée?

Je crois qu’il était important de souligner le grand manque de diversité sur nos écrans, pas seulement noir, mais arabe, asiatique, premières nations etc… La télévision n’est plus à l’image du tissu démographique québécois et nous nous devons de mieux représenter les différentes communautés si nous voulons avoir une meilleure cohésion sociale et identitaire. À une époque où plusieurs se plaignent du fait que les jeunes aiment mieux regarder ce qui se passe aux États-Unis, nous nous devons, en tant que société, leur donner des alternatives intéressantes et des modèles québécois vers lesquels ils auront envie de se tourner.

Un dernier mot?

Merci à vous et bonne continuation! Soyons le changement que nous voulons voir; le 21e siècle nous appartient, à nous de le façonner.

WebsterLS.com

QcHistoryXtours.ca

A. Sanchez et Éric Sédition

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