« C’est un dossier de Santé et Sécurité, c’est tout ce qu’on dit depuis le début. »

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Les médias ne cessent de le répéter, les grutiers du Québec sont actuellement en grève illégale, malgré les menaces gouvernementales qui planent au-dessus de leur tête. C’est en début d’après-midi, le 21 juin, qu’ils ont décidé de tenir une manifestation devant les bureaux de la Commission de la Construction du Québec (CCQ). Leur message était clair, ils ne plierons pas tant et aussi longtemps qu’on mettra leur vie en danger, c’est un enjeu de santé et sécurité au travail, selon eux. Ils étaient plus de 350 à être venus fraterniser et montrer leur rapport de force dans le cadre d’une grève qui a débuté le 14 juin dernier au chantier du Pont Champlain, avant de s’étendre à l’ensemble du Québec. Regard sur une grève moderne remettant en question les lois du travail dans la province.

Des grutiers de partout au Québec ont fait le voyage vers Montréal pour participer à cette manifestation : Sherbrooke, Québec, le Saguenay-Lac-Saint-Jean, la Côte-Nord et la Gaspésie étaient entre autres représentés. La foule, majoritairement habillée aux couleurs du Local 791 G de la FTQ-Construction, comptaient aussi quelques supporteurs, familles de grévistes ou syndicalistes solidaires à la cause ainsi que des étudiants en conduite de grues. On avait même déplacé un de ces fameux camions-flèche afin de faire une démonstration de la dangerosité des manœuvres avec ce type de véhicule, faisant facilement tanguer le camion sur un côté.

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Les travailleurs présents en avait long à dire sur le rôle de la CCQ dans ce conflit de travail. Il faut souligner que c’est la Commission qui veut mettre en place un système permettant à n’importe quel ouvrier de la construction de pouvoir manœuvrer un camion-flèche après seulement 80 heures de formation en entreprise, alors qu’auparavant, il fallait un diplôme d’études professionnelles (DEP) de 870 heures. Ce DEP avait d’ailleurs été rendu obligatoire par la CCQ dans les années 1990, ce qui avait permis de faire chuter drastiquement le nombres d’accidents de travail dans ce métier. Les grévistes ont donc décidé de se battre sur cet enjeu de santé et sécurité au travail. La question demeure, qui, exactement, a un intérêt à ce que les travailleurs et travailleuses soient moins formé-e-s pour un métier aussi dangereux? N’est-ce pas à la fois problématique pour la personne qui manœuvre le camion-flèche, pour les travailleurs et travailleuses qui oeuvrent autour et pour la population en générale?

La grève perturbe actuellement plusieurs chantiers importants au Québec dont le plus symbolique est celui du pont Champlain. Ce chantier sert d’ailleurs d’épouvantail de la part du gouvernement québécois pour mettre de la pression sur les grévistes en soulignant qu’ils perturbent la construction d’une infrastructure publique. Les grutiers devraient-ils tolérer qu’on mette leur sécurité en danger pour accélérer la construction d’un pont ou d’un édifice? Qu’en est-il des risques pour autres salarié-e-s qui travaillent sur l’un de ces chantiers autour de ces engins difficiles à opérer?

grutiers2« On n’a jamais vu ça, mobilisés comme vous êtes. C’est vous autres même qui avez pris la décision de ne pas aller au travail. Je vous en félicite! C’est un dossier de Santé et Sécurité, c’est tout ce qu’on dit depuis le début. Y’a-t-il quelqu’un à quelque part qui va nous écouter? » a déclaré Evans Dupuis, président du Syndicat des grutiers de la FTQ-Construction, lors d’un discours. « Vous êtes en train de démontrer à tout le monde qu’il va falloir qu’ils nous écoutent. Vous pouvez en être très fiers! » a-t-il ajouté.

Nous suivrons de près l’évolution de ce conflit de travail. L’illégalité de cette grève (au Québec on ne peut faire grève que lors du renouvellement d’une convention collective), ne saurait faire oublier que cette modification de la CCQ n’a jamais été discutée avec les syndicats lors des dernières négociations. Pour l’instant, il semble clair que les grutiers continueront à refuser de travailler si on ne réinstaure pas le DEP obligatoire. Comment réagira le gouvernement dans ce bras de fer face aux travailleurs? Il semble que pour l’instant, la seule solution amenée par Diane Lemieux, directrice de la CCQ, soit la massue et non la conciliation. Ça semble être tout le respect qui est donné aux grutiers par ceux et celles qui gèrent l’industrie.

Reportage par Éric Sédition

Photos par Cédric Martin

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