Raterons-nous ce rendez-vous de l’histoire?

Manifestation du Front Commun syndical à Sherbrooke, le jeudi 12 octobre dernier. (Crédits : Syndicat de l'enseignement de l'Estrie)

Manifestation du Front commun syndical à Sherbrooke, le jeudi 12 octobre dernier. (Crédits : Syndicat de l’enseignement de l’Estrie)

Tandis qu’on subit actuellement les assauts d’un gouvernement complètement déconnecté des classes populaires au Québec. Pendant qu’on voit Philippe Couillard et ses sbires couper dans l’aide sociale, dans l’éducation (de la garderie à l’université), dans l’ensemble du réseau de santé public et gruger dans les conditions de travail des employé-e-s de l’État. Alors que l’évasion fiscale semble généralisée, que les requins corporatifs préparent les vagues de privatisation, en d’autres mots, que les bourgeois s’enrichissent alors que la classe ouvrière s’appauvrit.

Le gouvernement libéral a l’audace de nous présenter son nouveau projet de loi sur les conditions salariales des député-e-s. Il nous propose cette réforme « à coût nul », selon ses propres dires, par rapport à l’ancien système d’indemnités de départ, qui ferait en sorte que les député-e-s québécois-es deviendront les mieux payé-e-s de l’ensemble des provinces canadiennes. On n’aura plus d’indemnités de départ, ça faisait scandale, à la place, on va se les donner directement en augmentation. Comme quoi ce n’est pas tout le monde qui a la même définition de l’expression se serrer la ceinture

Une révolte généralisée

Blocage du Casino de Montréal par les travailleurs et les travailleuses membres du Syndicat de Champlain le 12 novembre dernier. (Crédits : Syndicat de Champlain)

Blocage du Casino de Montréal par les travailleurs et les travailleuses membres du Syndicat de Champlain le 12 novembre dernier. (Crédits : Syndicat de Champlain)

Le Front commun, comptant 400 000 membres issu-e-s de la FTQ, de la CSN, de la CSQ, du SFPQ et de l’APTS1, organise des journées de grève rotative. La FAE (32 000 membres) a organisé des journées de grève, le SPGQ (25 000 membres) a son mandat de grève en poche et la FIQ (65 000 membres) est également en période de moyens de pression2. Les 2 et 3 novembre dernier, plus de 1300 organismes communautaires à travers la province ont fermé leur porte en guise de moyen de pression face à l’austérité et à la baisse de leur financement. Le 5 novembre dernier, plus de 52 000 étudiantes et étudiantes se sont également mis-e-s en grève en solidarité avec les travailleurs et travailleuses du secteur public et également contre l’austérité. Bref, il y a beaucoup de gens mobilisé-e-s et prêt-e-s à passer à l’action.

Qu’attendent les centrales syndicales?

Pourtant, les centrales syndicales ne préparent pas la venue de l’éléphant dans la pièce qu’est l’adoption d’une loi spéciale par le gouvernement Couillard pour empêcher ses employé-e-s de faire grève et fixer leurs conditions de travail. Parce qu’il est évident, et ce, depuis le tout début des « négociations » que le gouvernement en déposera une au moment où il le jugera opportun et qu’il n’a jamais eu ne serait-ce qu’une once de bonne foi dans ce conflit. Pourtant, nous n’avons que rarement été à ce point en mesure d’affronter une telle loi spéciale.

Pensez-y un instant… Supposons que tout ce beau monde décide qu’il est temps de se mettre en grève et de gagner cette « négociation » une fois pour toutes. On parle, au bas mot, de 525 000 personnes qui travaillent pour le gouvernement et qui décident de se mettre en grève. On parle de 1 300 groupes communautaires. On parle de dizaines de milliers d’étudiants et d’étudiantes. Si tout ce beau monde est prêt à défier une éventuelle loi spéciale, comme ç’a été fait, avec succès, lors de la grève étudiante de 2012, pensez-vous sérieusement que le gouvernement est équipé pour faire face à un si grand nombre de grévistes et faire appliquer une telle loi spéciale? Combien de temps pensez-vous qu’un gouvernement peut tenir face à une telle mobilisation alors que son appareil d’État est complètement paralysé? 7 jours? 2 semaines tout au plus?

Crédits : C. Martin

Crédits : C. Martin

Si à cela, on ajoute les parents qui participent aux chaînes humaines devant les écoles publiques, les employé-e-s municipaux et municipales qui se sont fait charcuter leur fond de pension, les parents qui ne veulent pas des hausses de tarifs dans les CPE3. Si, en plus, les centrales décidaient de mobiliser leurs membres qui travaillent dans le secteur privé, qui subissent également les mesures d’austérité et qui pourraient aussi en profiter pour renégocier à la hausse leurs conditions de travail. Nous pourrions facilement paralyser le système et réussir à forcer le gouvernement à reculer sur son offre merdique de 3% sur 5 ans, mais également à reculer sur l’ensemble de sa politique d’austérité. Nous pourrions même le forcer à démissionner. Aucun gouvernement ne peut faire face à un tel rapport de force, aucun…

Pourtant, la seule chose que nous offre la direction du Front commun actuellement, c’est de négocier les demandes à la baisse et de reculer sur les trois jours de grèves des 1er, 2 et 3 décembre prochain, supposément pour ne pas provoquer une éventuelle loi spéciale…

Pourquoi s’arrêter là?

Crédits : C. Martin

Crédits : C. Martin

D’ailleurs, si les centrales syndicales n’étaient pas devenus des agents qui maintiennent le système capitaliste en place, si elles n’étaient pas devenus dans certain cas les patrons de leurs propres membres via leur fond « de solidarité », bref, si les centrales syndicales n’avaient pas objectivement un intérêt financier à perpétuer le modèle des classes sociales tel que nous le connaissons actuellement, nous pourrions aller beaucoup plus loin.

Un vieux wobbly4 du nom de William Big Bill Haywood a déjà dit : « If the workers are organized, all they have to do is to put their hands in their pockets and they have got the capitalist class whipped. » Si les travailleurs et les travailleuses sont bien organisé-e-s, tout ce qu’ils et elles ont à faire, c’est mettre leurs mains dans leurs poches et ils obtiennent la défaite de la classe capitaliste. Il avait tout à fait raison, avec un tel rapport de force, les travailleuses et les travailleurs peuvent renverser le gouvernement en place simplement en se mettant les mains dans les poches, collectivement.

Voudrions-nous revivre ce qui s'est passé avec l'élection du Parti Québécois (PQ)? Voudrions-nous vraiment changer quatre trente sous pour une piastre, encore?

Voudrions-nous revivre ce qui s’est passé avec l’élection du Parti Québécois (PQ)? Voudrions-nous vraiment changer quatre trente sous pour une piastre, encore?

Mais si c’était le cas, que se passerait-il? Voudrions-nous vraiment retourner en élections et élire un autre gouvernement qui, à la première occasion nous replongerait dans l’austérité? Voudrions-nous revivre ce qui s’est passé avec l’élection du Parti Québécois (PQ) suite à la démission du gouvernement Charest face à la grogne estudiantine? Voudrions-nous vraiment changer quatre trente sous pour une piastre, encore?

Avec un tel nombre de personnes mobilisées, nous pourrions faire bien mieux que cela. Nous pourrions prendre le contrôle de la société, exproprier les entreprises privées, qui ne servent qu’à enrichir leurs investisseurs au détriment de tout le reste, et les gérer nous-mêmes. Nous pourrions en finir avec un système qui place le profit avant l’humain-e, vivre en harmonie avec l’environnement sans que des spéculateurs viennent la mettre en danger pour faire un peu plus de cash en se moquant des conséquences. Bref, nous pourrions faire une véritable révolution.

Ah! C’est beau rêver… Mais c’est aussi en rêvant qu’on trouve des façons d’atteindre nos objectifs, et parfois même de les dépasser. Travailleurs et travailleuses de la fonction publique, il est possible de donner un grand coup de barre à cette société. Cela signifie cependant d’être prêt et prêtes à lutter contre le gouvernement en défiant la loi (spéciale ou non) s’il le faut, mais également parfois de se battre contre sa propre organisation syndicale…

Éric Sédition

 

1. Respectivement, Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), Confédération des syndicats nationaux (CSN), Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ) et Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS).
2. Respectivement, Fédération autonome de l’enseignement (FAE), Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) et Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ).
3. Les fameux Centres de la Petite Enfance (CPE).

4. Membre du syndicat révolutionnaire Industrial Workers of the World (IWW).

Une réflexion sur “Raterons-nous ce rendez-vous de l’histoire?

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