Introduction au mouvement Riot Grrrl en 12 chansons

Une bonne claque au visage du patriarcat

Le groupe Chârogne en prestation aux Katacombes en 2016. (Crédit photo : Cédric Martin)

Le groupe Chârogne en prestation aux Katacombes en 2016. (Crédit photo : Cédric Martin)

Le 18 mai 2020, le légendaire groupe Bikini Kill, à l’origine du mouvement Riot Grrrl, devait être de passage à Montréal. Pour l’occasion, et devant la rareté des documents francophones traitant de ce sujet, j’avais décidé de vous préparer une petite introduction en 12 chansons. Mais bon, ça, c’était avant qu’on n’apprenne à connaître notre nouveau compagnon de route Covid-19… Comme l’histoire de ce mouvement vaut la peine qu’on s’y attarde, je me lance quand même.

C’est à travers le bouillonnement que connaît la scène musicale alternative de la côte Ouest des États-Unis, au début des années 1990, qu’apparaît le mouvement Riot Grrrl. Pendant qu’on assiste à l’émergence du grunge, à Seattle, un autre courant artistique aux influences très similaires que sont le punk et le rock alternatif se développe à Olympia, également dans l’état de Washington.

Sauf que le Riot Grrrl est beaucoup plus affirmé politiquement que le grunge, il s’agit d’un mouvement qui vise l’empowerment des femmes au sein du milieu musical rock. Associé à ce qu’il est convenu d’appeler la troisième vague féministe, ce mouvement mélange la lutte au patriarcat avec l’énergie du rock et la provocation du punk.

The Runaways – Cherry Bomb

Évidemment, les Riot Grrrls sont loin d’être les premières femmes à avoir formé des groupes de rock. On peut plutôt dire qu’elles sont les héritières de nombreuses artistes comme les B-52’s, Patti Smith ou Heart. Joan Jett et son groupe The Runaways font également partie de ces rockeuses pionnières. On peut facilement retrouver des traces de sonorités et de thématiques mises de l’avant par les Riot Grrrls dans la chanson phare des Runaways, Cherry Bomb, datant de 1976. Pas surprenant que Bratmobile en ait fait un cover en 1993.

X-Ray Spex – Oh Bondage! Up Yours!

1977, c’est l’explosion de la vague punk au Royaume-Uni. C’est également l’année où le groupe X-Ray Spex et sa chanteuse Poly Styrene lance leur fameux cri Oh Bondage ! Up Yours ! Cette chanson, qui dénonce le système capitaliste avec une touche féministe, deviendra un hymne du genre. 

Bien que le punk soit très majoritairement masculin, c’est probablement le style de rock où l’on retrouvait le plus de femmes à l’époque. On n’a qu’à penser à des groupes comme The Slits, Blondie ou encore Siouxsie and the Banshees.

Bikini Kill – Rebel Girl

Produite par nulle autre que Joan Jett en 1993, cette chanson est littéralement l’hymne du mouvement Riot Grrrl. On place souvent d’ailleurs Bikini Kill, formé en 1990, comme le premier groupe à s’être réclamé du genre. Il est l’initiative de Kathleen Hanna, une artiste de spoken word aussi connue pour son implication dans une galerie d’art féministe indépendante et pour son militantisme contre les violences conjugales. Celle-ci deviendra la chanteuse à la tête de la formation originaire d’Olympia. Reconnues pour leurs appels à la révolution, les musiciennes du groupe invitaient régulièrement les femmes à prendre le devant de la scène pendant leurs prestations.

Pssst, on a des vinyles de Bikini Kill en vente ici.

Bratmobile – Cool Schmool

Autre groupe pionnier du mouvement Riot Grrrl, Bratmobile est formé en 1991 à Olympia également. À la base, le groupe est un duo guitare/drum formé de deux étudiantes universitaires, Allison Wolfe et Molly Neuman, qui ont commencé dans le mouvement en éditant un fanzine, Girls Germs. Les fanzines, ces magazines produits par des amatrices, joueront un rôle très important dans la propagation du mouvement, hors des grands circuits commerciaux habituels. 

Bratmobile sera l’une des premières formations Riot Grrrl à tourner sur la côte Est des États-Unis en se rendant à Washington DC, où elle sera accueillie par la scène punk et hardcore de la ville qui comprend des groupes comme Fugazi. Le mouvement se répand.

7 Year Bitch – The Scratch

Groupe aux sonorités plus grunge, originaire de Seattle et formé en 1990, 7 Year Bitch est un groupe 100 % féminin associé au mouvement Riot Grrrl. En 1994, le groupe lance l’album Viva Zapata ! sur lequel se retrouve cette chanson. 

Le titre de l’album, en plus d’être un beau clin d’oeil à la révolution mexicaine, vise aussi à rendre hommage à Mia Zapata, chanteuse du groupe The Gits. En 1993, Zapata est violée puis assassinée en rentrant chez elle à partir d’une salle de spectacle de Seattle. Cet événement marquera la scène grunge et placera également les enjeux féministes à l’avant-plan dans ce milieu qui se mobilisera et réussira à amasser 70 000$ pour engager un détective privé afin d’élucider l’affaire. Son meurtrier ne sera retrouvé que 10 ans plus tard, en 2003.

Hole – Rock Star

Les Riot Grrrls se voient évidemment régulièrement critiquées, que ce soit par la droite conservatrice qui ne supporte pas que des femmes puissent faire preuve d’une telle provocation, ou encore par une gauche qui les juge trop intellectuelles, trop blanches, trop straight etc. 

L’une de ces critiques provient de la fameuse Courtney Love et de son groupe grunge Hole, parfois assimilé, à tort, au mouvement Riot Grrrl. La pièce Rock Star constitue une charge à fond de train contre ces femmes considérées comme de riches et privilégiées universitaires, en opposition aux femmes provenant du monde de la rue. 

Hole ne sera d’ailleurs pas le seul groupe de grunge féminin à prendre ses distances des Riot Grrrls, les formations L7 et Babes in Toyland vont également refuser de s’associer à cette étiquette.

Le Tigre – Deceptacon

Suite à la séparation de Bikini Kill, la chanteuse Kathleen Hanna continue à voguer dans le milieu artistique avant de fonder en 1998 le groupe Le Tigre à New York. Plus électro et dance que son premier band, Le Tigre demeure néanmoins fidèle au mouvement Riot Grrrl, les musiciennes étant toutes des féministes affichées. Malgré les idées d’extrême gauche véhiculées par le groupe, suite à sa signature avec l’étiquette Universal Music, des chansons du Tigre peuvent être entendues dans certaines publicités. Ça ne plaira pas aux puristes des scènes Riot Grrrl et punk qui ne peuvent digérer une telle trahison au profit d’intérêts capitalistes.

PomPom Beretta – Esprit d’bande

Parmi les émules du mouvement Riot Grrrl, on peut retrouver le groupe parisien PomPom Beretta, associé plus particulièrement à la mouvance antifasciste radicale. Les femmes qui forment le groupe n’ont pas peur d’utiliser la provocation, elles aussi, mais on leur reconnaît un côté plus violent que ce à quoi nous ont habitué.e.s les Riot Grrrls qui les ont précédées. La chanson Esprit d’bande est un bel exemple de cette agressivité mise de l’avant avec des paroles qui parlent de faire la tournée des bars et de trouver « une bouche à claquer » ou une quelconque autre « façon de s’embrouiller ».

Pssst, as-tu écouté la version du groupe montréalais Asbestos? C’est ici.

Pussy Riot – Putin will Teach you How to Love

Pussy Riot est probablement le groupe Riot Grrrl contemporain le plus connu à travers le monde. Formé à Moscou en 2011, il fait à la fois figure de collectif militant et de band de musique. 

Reconnue pour ses cagoules multicolores et ses nombreux coups d’éclat visant généralement le régime autoritaire de Vladimir Poutine, la formation a aussi subi la répression à de nombreuses reprises. En effet, des membres du groupe sont arrêtées et emprisonnées lors d’actions artistiques en 2012 dans une église orthodoxe et en 2018 lors de la Coupe du monde de football. On se souviendra aussi des images de celles-ci fouettées en pleine rue en 2014 lors des Jeux Olympiques de Sotchi. Comme quoi, 20 ans plus tard, le combat des Riot Grrrls est toujours d’actualité.

Pussy Riot devait d’ailleurs être de passage à Sainte-Thérèse (whut!) le 15 mai 2020 dans le cadre du Festival Santa Teresa. Maudite pandémie!

G.L.O.S.S. – G.L.O.S.S. (We’re From The Future)

G.L.O.S.S. ou Girls Living Outside Society’s Shit est un groupe originaire, lui aussi, d’Olympia dans l’État de Washington qui lance sa première démo en 2015, 25 années après la création de Bikini Kill dans la même ville. Versant plutôt dans le Queercore et le Hardcore que dans le Riot Grrrl à proprement parler, la formation à l’existence éphémère deviendra rapidement très populaire. Le groupe annoncera en effet sa séparation en septembre 2016, effrayé par l’ampleur de son succès et par la grosse industrie de la musique qui commençait à lui faire de l’œil.

G.L.O.S.S. était un band qui se réclamait d’une identité transgenre forte et irrévérencieuse. Une sorte de gros Fuck You à la masculinité toxique, clairement inspiré par le mouvement Riot Grrrl. Avec son approche intersectionnelle du féminisme à la sauce queer, le groupe avait vraiment tout ce qu’il faut pour mettre le feu au derrière de Mathieu Bock-Côté. Quelqu’un a commandé du porc braisé?

Litige – Scanner

Litige est un groupe actuel basé à Lyon en France qui mélange les influences Riot Grrrl avec les sonorités Post-Punk. Les musiciennes du groupe abordent plusieurs thèmes féministes, toujours avec une approche à la fois provocante et soft. La chanson Scanner, tirée du premier album de Litige, illustre les pensées d’une femme pendant qu’elle se fait draguer par un mec un peu trop insistant.

S’il est un groupe du genre à surveiller dans les prochaines années, c’est bien Litige! Le band a d’ailleurs lancé son second album, En eaux troubles, en mars 2020, au tout début de la pandémie sur étiquette Destructure.

Pssst, on a des vinyles de Litige en vente ici et ici.

Chârogne – Féministe frustrée

Je vous entends me dire : « Mais qu’en est-il de chez nous ? ». S’il y a bien eu quelques initiatives proches de l’esprit Riot Grrrl au Québec dans les dernières années, elles demeurent choses rares. On peut citer le Rock Camp for Girls and Gender Nonconforming Youth qui vise à former des musiciennes, le défunt collectif Montreal Sisterhood qui regroupait des femmes de la scène punk de la ville, le Not Your Babe Fest, ou encore le fanzine La Peste qui a eu quelques parutions. Le webzine Les Insoumises, est quant à lui toujours actif.

Au niveau musical, plusieurs groupes féminins de rock ont connu du succès. On peut nommer Les Shirley et Nobro, qui sont assez populaires actuellement, ou encore Pussy Stench, Up Yours! et Calico Fray. Beauty Dropout, The Horny Bitches, The Bombs, Machinegun Suzie et No Chaser sont également des noms à retenir à travers l’histoire de la scène locale. Par contre, le band qui incarne peut-être le mieux l’esprit Riot Grrrl est Chârogne, avec ses déguisements hauts en couleurs et son côté provocateur, le tout, en français, svp.

S’il y a une chose que nous a bien montré le mouvement Riot Grrrl, c’est que la musique qui bûche n’a pas de genre ou de sexe. Alors, pour paraphraser Bikini Kill, Girls to the front !

Éric Sédition

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