Entrevue avec Les Trois Huit

LTH

Une petite entrevue avec le premier groupe avec lequel Dure Réalité a commencé à travailler pour la distribution de leur tout premier album éponyme, voilà ce que nous vous proposons aujourd’hui. Il s’agit évidemment de Les Trois Huit, groupe Oi! et Streetpunk antifasciste de Grenoble (France). Enjoy!

Premièrement, pour ceux et celles qui ne vous connaissent pas, pouvez-vous nous présenter le groupe et les membres qui le composent?

Alors, tout d’abord, bonjour à toutes et à tous.

Voilà, alors pour le groupe, on est Les Trois Huit ou LTH, de Grenoble, on fait une sorte de Streetpunk/oi!. On est un groupe militant pour une société sans rapport d’oppressions, pour une société métissée et populaire. On s’engage de par nos textes, de par la manière DIY et égalitaire dont fonctionne le groupe et de par nos parcours et nos activités militantes.

On a commencé il y a trois ans, sans vraiment savoir jouer de nos instruments mais bon, on essai de faire lerond_cds choses modestement, de notre mieux, de rester nous-mêmes et on sort maintenant notre premier album.

Donc il y a Rubz au chant, Riad à la basse, Numa à la guitare lead, Polo à la rythmique, Rouk à la batterie, et Rémi à l’ingé son.

Que signifie le nom de votre groupe, Les Trois Huit?

Bien les trois huit, en France, c’est un rythme de travail dans beaucoup d’usines et de boîtes. Il y a trois équipes qui travaillent 8h chacune. De 5h à 13h, ensuite de 13h à 21h, et de 21h à 5h. T’es avec ton équipe et tu tournes d’une semaine à l’autre.

Voilà, c’est un rythme de travail qui te dérègle complètement, qui nique tes rapports sociaux et ta vie de famille…

Bref, même si aucun de nous ne travaille encore sous ce régime, c’est quelque chose qu’on a connu et on voulait faire un petit clin d’œil à ces racines prolos. En plus, on revendique clairement ce côté de nos parcours du coup on l’assume avec notre nom.

En plus, c’est le numéro du département où on habite, de notre ville Grenoble et sa banlieue.

Quelles sont vos influences?

Bien dans LTH, y a des gens qui viennent de milieux musicaux différents… Numa et Rubz ont une grosse influence de quartiers, plus Hip-Hop, Riad est plus Ska, Polo n’aime que la Oi! et Rouk vient plus du Punk-hardcore… Du coup, chacun venant avec ses valises, ça donne LTH… Si on devait donner des groupes qui nous ont influencer, ça irait de la Brigada Flores Magon à Bad Manners, en passant par Singes des Rues, Bull Brigade, Les Partisans, Molodoï, Non Servium, Skalpel, Hors Contrôle, Los Foiros, Bolchoï, Nabat…LTH pochette

Mais bon, les gonzes du groupes écoutent vraiment de tout alors, on est forcément influencé par plein de trucs…

Quels sont les moments marquants du groupe?

Les moments, marquants du groupes, ben il y en a pas mal… On peut dire déjà les premières répètes qui étaient catastrophiques…, les gardes à vue ensemble pour certains d’entre nous, le départ de Tonton notre ancien guitariste, les travaux de nuits pour construire notre local de répète, et dernièrement, la sortie de notre album sur Grenoble qui était vraiment pour nous un pur moment avec tous les potos.

Les textes de vos chansons ont un caractère politique indéniable, est-ce que vous faites aussi parti de collectifs ou groupes militants? Si oui, lesquels?

Oui, c’est clair que la plus part de nos texte sont politiques. De toute manière, quand tu donnes ta vision de la vie en général, que tu as un esprit critique sur ce qui t’entoure ou ce qui se passe, pour nous, tu fais de la politique… Mais on estime que faire des chansons politiquement engagées, ça fait pas tout. Pour être cohérent, tu ne peux pas être militant-e que en concert et faire la teuf… C’est trop facile… Tu dois l’être tout le temps : à ton taf, dans la rue, dans des collectifs ou assos… Du coup, on est presque tous au minimum syndiqué, y a des anciens de la CNT qui sont maintenant à SUD1, il y en a qui sont dans des syndicats internes à leur taf… Sinon, on participe à beaucoup de manifs, et on organise des trucs dans notre ville…

Pour le moment, à part le groupe, c’est vrai qu on s’implique plus au sein de notre lieu de travail.

Quelles sont les luttes actuelles à Grenoble?

Ben en ce moment, ce qui bouge pas mal à Grenoble, c’est la lutte contre le mal logement, les squats qui subissent les expulsions de la mairie.

En fait, notre ville est dirigée par une majorité écolo et de gauche. Pendant la campagne, ils/elles avaient dit qu’ils/elles soutiendraient les squats et arrêteraient les expulsions, et on voit bien que ça n’est pas le cas… Les Roms en particulier subissent de plein fouet leur Antifa Grenoblepolitique de délogement sans solution durable de relogement et de réelle intégration.

Sur Grenoble, il y a aussi un gros milieu de nos potes féministes. Sans vraiment faire parti de leurs collectifs, on les soutient à fond car pour nous si tu es antifa, tu doit être réaliste et lutter contre toute les formes de domination, dont celle de l’homme sur la femme.

Et puis avec l’actualité française, il y a les luttes contre l’état d’urgence et ses abus…

Les perquisitions non ciblées, les assignations à résidence pour des gens qui n’ont rien a voir avec les milieux fondamentalistes religieux et qui sont loin de vouloir poser des bombes…

Pas mal de truc du coup… On vit une sale période…

Musicalement, comment se porte la scène révolutionnaire dans votre région?

Parler de scène révolutionnaire est, selon nous un peu enjolivé, par rapport à la réalité de ce qui se passe chez nous… On ne pense pas qu’on puisse parler ici de scène révolutionnaire… En parlant plutôt de milieu alternatif, Grenoble est une ville assez vivante. Il y a les squats qui sortent pas mal de groupes Punk, Surf ou Coldwave, il y a en particulier un collectif, l’Armée Des Zombies, qui permettent à pas mal de groupe Punk ou Rock d’exister. Il y a aussi une grosse scène Métal, Hip-Hop et Trans… En fait, il y a une diversité musicale qui est assez énorme pour une ville de cette taille. Après, pour tout ce qui est question de militantisme, c’est pas forcément relié à la musique mais plus à des collectifs, assos, ou orgas… Il y a aussi nos potes ultras du stade RK94 et DB07 qui font du bon boulot dans le stade et dans la ville.

Mais niveau musique, Il y a quelques groupes qui ont un discours militant mais c’est loin d’être une majorité.

On sait que le mouvement redskin était très fort en France dans les années 1990-2000. Il semble avoir eu une accalmie dans les dernières années, mais on peut voir de plus en plus de bands redskins émerger, notamment le vôtre. Diriez-vous qu’on assiste à un renouveau du mouvement en France? Diriez-vous que vous en faites partie? Quel est votre rapport avec ce mouvement?LTH2

Franchement, peut-être un peu tôt pour savoir s’il y a un renouveau ou quoi, mais c’est vrai que pas mal de collectifs antifas se sont montés ces dernières années, composés entre autre de redskins… Après, c’est un peu la réaction normale et logique face à la montée énorme des idéaux et des groupuscules néofascistes dans notre pays…

Nous, on se situe clairement du côté antifa, après, on se donnent pas forcément une étiquette de redskins, on a pas cette prétention et on respecte beaucoup ce qu’a fait ce mouvement dans les années 90… Mais pour nous, l’important, c’est pas l’étiquette, c’est ce que tu dis et ce que tu fais… Pas ce que tu prétends être.

Mais bon, on doit pas en être loin de ressembler à des reds… Hahaha!!

LTH1Quels groupes de votre région, tous styles confondus, recommanderiez-vous?

Alors, ben les groupes de potes évidemment… on va leur faire un peu de pub!!! Les Partisans (qui se reforment), les Profs de Skids, Guarapita, Resaka Sonora, Bull Brigade, Lorelei, Retrograd, DK Les Sales Gueules, Flo Mescouyenski, Motor Riot, Les Chevals Hongrois, Habemus Papam, les Tôle Boyz…

Avez-vous un mot pour les gens qui vous découvrent au Québec?

Ben déjà, on est super fiers et très heureux que notre musique arrive chez vous et on espère que vous kifferez. On fait les choses avec le cœur et on trouve que c’est ça le plus important…

On espère vraiment venir jouer au Québec un jour connaître un peu le milieu là-bas qui a une grosse image ici.

Voilà, sinon, portez vous bien, toutes et tous.

On lâche pas nos luttes, nos valeurs et nos idéaux.

On n’oublie pas que quand on est militant/e, et malgré nos différences, on est des frères et des sœurs, même sans se connaître, de ce côté ou de l’autre de l’Atlantique !

UNI.E.S NOUS SOMMES ET NOUS LE RESTERONS///

A. Sanchez

1. Respectivement la Confédération nationale du travail (CNT) et Solidaires, Unitaires, Démocratiques (SUD), deux centrales syndicales actives en France.

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