Critique : Un Français (2015) de Diastème

Un francais

Un autre film de bonehead* repenti, il faut croire que le concept est bon puisqu’il est constamment repris. Cette fois, c’est le réalisateur français Diastème qui revisite ce scénario classique dans son dernier long-métrage, Un Français.

Un Français, c’est l’histoire (fictive) de Marco Lopez, interprété par Alban Lenoir, qui évolue sur une période de 19 ans s’étendant de 1994 à 2013. Au déUn francais affichebut, c’est un jeune voyou bonehead qui a la haine et qui, avec sa bande, se livre à de nombreuses attaques haineuses envers des gens issus des minorités visibles ou envers des militants politiques. Tout au long de l’histoire et à travers les nombreux sauts temporels, on suit l’évolution de Marco qui essaie de se détacher de la haine et les différents choix auxquels il est confronté dans cette voie.

On y voit Marco agresser, se faire agresser, subir des crises de panique, rencontrer sa femme, déménager en Guadeloupe, se faire laisser par sa femme, perdre ses ami-e-s, perdre le droit de voir sa fille et finir par faire du bénévolat pour servir la soupe populaire. Une lente évolution vers la rédemption qui est beaucoup plus réaliste que les autres films du genre, tels que Kriegerin ou Danny Balint.

J’ai particulièrement aimé le fait que la rédemption de Marco s’étire sur une si longue période de temps et qu’elle ne soit jamais réellement assumée par le personnage principal. Cette situation est bien amenée par des scènes où un médecin lui offre de se faire retirer ses vieux tatouages fascistes (ce qu’il refuse) ou lorsqu’il revoit des anciens membres de sa bande, rencontres qui ne se terminent pas toujours bien. On comprend le chemin à travers lequel le personnage doit passer pour sortir de ce type de milieu, notamment le rejet et la solitude, la perte d’un cercle social, la mort et l’emprisonnement d’amis. Le film évite ainsi un cliché simple qui aurait fait en sorte que le personnage devienne militant antifasciste, par exemple en aidant des gens à sortir des milieux d’extrême droite.

On voit aussi qu’un très bon travail de recherche a été fait par l’équipe de production du film. En effet, c’est l’un des très rare films dans lequel il est possible de voir des combats entre boneheads et antifascistes radicaux, une réalité rarement mise en scène dans les autres productions du genre. Aussi, Un Français met en scène différentes factions de l’extrême droite et dont l’évolution, à travers le film, est très proche de celle des groupes tels que le Front National (FN) ou le Bloc Identitaire. Cette facette est surtout mise en scène un francais 2via le personnage de Braguette, interprété par Samuel Jouy.

Seul point faible, l’inégalité de l’action à travers le film. En effet, au début, on y voit plusieurs scènes de violence et de confrontation assez violentes et plus le film avance, plus l’action devient lente. Par contre, ce rythme ralentissant décrit bien la vie de Marco suite à sa sortie des milieux d’extrême droite.

Bref, Un Français n’est ni un film rose bonbon, ni un film d’action, c’est le portrait d’une bonne partie des boneheads d’occident, un regard sur le terreau dans lequel l’extrême droite recrute. Le personnage ne finit ni en héros triomphant, ni en pourriture totale. Un film tout en nuances et dont celles-ci sont probablement les meilleurs atouts et la plus grande force par rapport aux autres productions du même genre.

Bande annonce :

Éric Sédition

* Néo-nazi adoptant le look et le mode de vie skinhead. Le terme bonehead est utilisé pour ne pas associer le racisme au mouvement skinhead, qui est à la base un mouvement multiculturel dont les racines remontent notamment à la culture ska et reggae jamïcaine.

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